New Iconoclasm

Période : 2020-2021

Les membres de la section de philosophie et d'histoire de l'Académie des sciences de Heidelberg se sont penchés, au sein d'un groupe de travail, sur l'importance mondiale de l'iconoclasme et sur le rôle des monuments. À cette occasion, divers aspects de l’iconoclasme ont été mis en lumière. Certaines des conclusions de ce groupe de travail ont été publiées dans le magazine Athene n° 2021/2.


L’un de ces aspects concernait le renversement de statues de dirigeants coloniaux et de marchands d’esclaves lors des manifestations du mouvement Black Lives Matter au Royaume-Uni. Ces événements illustrent une confrontation croissante avec des symboles historiques qui rappellent le passé colonial et la violence impérialiste. Ces manifestations ont soulevé la question de savoir comment traiter les monuments, les noms de rue et l’architecture qui reflètent l’histoire du colonialisme.

Le renversement de monuments n’est toutefois pas un phénomène nouveau. Dès le XIXe siècle, des débats avaient déjà lieu ; aujourd’hui, cependant, la controverse est davantage portée par une élite progressiste qui exige une réflexion critique sur l’histoire impériale. La question se pose alors de savoir si nous devons nous souvenir exclusivement d’un passé moralement « pur », ce qui comporte le risque de simplifier la complexité historique et de mettre en péril le sentiment d’appartenance culturelle. Le débat sur les monuments doit reconnaître l’ambivalence morale de nombreuses personnalités historiques et offrir une perspective nuancée.
Les monuments ne sont pas seulement des emblèmes muets, mais aussi des instruments politiques et culturels actifs. Ils influencent la perception et le comportement des personnes dans l’espace public et façonnent la mémoire collective. Dans des pays comme la Chine et la Russie notamment, les monuments exercent un pouvoir multidimensionnel qui dépasse leur simple représentation physique. En Chine, par exemple, les monuments dédiés à Mao sont omniprésents et symbolisent non seulement une figure historique, mais aussi l’idéologie du Parti communiste.

L’iconoclasme moderne se distingue des précédentes batailles historiques par une dimension morale et politique plus marquée. Les manifestations mondiales exigent une réévaluation radicale de l’histoire. Les personnages historiques sont de plus en plus jugés en fonction de leur position vis-à-vis du colonialisme. Cela entraîne une pression mondiale sur les institutions chargées de décider du retrait des monuments. Contrairement aux processus antérieurs, dans lesquels l’histoire était reconnue comme un « patrimoine » et historicisée, les iconoclastes d’aujourd’hui exigent que le passé soit jugé à l’aune des valeurs actuelles. Le défi consiste à replacer ces mouvements dans le contexte historique des luttes historiques. Il est essentiel de favoriser un dialogue qui reconnaisse l’histoire dans toute sa complexité, sans se laisser trop influencer par les normes morales actuelles. L’objectif devrait être de renégocier en permanence l’interprétation de l’histoire, sans exiger une conception universelle du respect des monuments.
Les monuments sont donc plus que de simples œuvres d’art ou des vestiges historiques : ce sont des acteurs à part entière de l’espace politique et culturel.

La manière dont on traite les monuments, que ce soit par la destruction, le déplacement ou la réinterprétation, reflète les bouleversements sociaux et politiques profonds. Le débat autour du démantèlement des monuments montre que ceux-ci sont toujours aussi des symboles de conflits politiques et d’interprétations de l’histoire. Le défi pour la société réside dans la reconnaissance de la complexité historique et de l’ambivalence morale de nombreuses figures historiques. Le dialogue sur la gestion des monuments devrait respecter la diversité des points de vue et favoriser une mémoire respectueuse et collective, qui préserve les leçons du passé tout en laissant place à de nouvelles interprétations.

C'est à partir des travaux du groupe de travail qu'a été publié l'ouvrage « Denkmalstürze » (Le renversement des monuments) du magazine Athene (n° 2/2021) a vu le jour.

Membres du groupe de travail

Direction :

  • Ronald Asch
  • Renate Lachmann

Membres :

  • Manfred Berg
  • Markus Enders
  • Tonio Hölscher
  • Dieter Langewiesche
  • Jörn Leonhard
  • Barbara Mittler
  • Cornelia Ruhe
  • Beat Wyss